mardi 16 mai 2017

Sauvons les maîtres surnuméraires !

Vous ne le savez peut-être pas, mais depuis cette année je fais partie du dispositif "Plus de maîtres que de classes". Je suis maîtresse surnuméraire / supplémentaire, PDM, M+, bref appelez-moi comme vous le voulez. Je suis dans une école REP qui cumule les difficultés sociales et scolaires. 

Comme j'ai conscience que mon poste est assez méconnu du public non enseignant, en voici les quelques points-forts :
- Ma priorité est de remédier à la difficulté scolaire pour permettre à tous les élèves de maîtriser les compétences de base.
- Je n'ai pas de classe attitrée, nous faisons des projets avec mes collègues en fonction des besoins avérés des élèves. J'interviens en priorité au cycle 2 (CP / CE1 / CE2). Je vais également faire du lien entre la GS et le CP. Cela permet d'avoir une vision d'ensemble des pratiques pédagogiques sur l'école et de les "lisser" (utilisation d'un lexique commun, d'outils communs...).
- Le maître surnuméraire peut également aider les collègues à se lancer dans de nouvelles démarches pédagogiques qui permettent d'être au plus près des besoins des élèves. C'est là que ma formation Montessori est un gros plus. J'ai donc pu aider une collègue à se lancer dans des ateliers maths ; j'ai introduit et formé les collègues à de nouveaux outils, nous avons formé les élèves aux messages clairs...
- Mes modalités d'intervention sont très variées : j'anime une séance avec le - la collègue ; la collègue mène la séance / j'aide les élèves à se cadrer ; nous travaillons par groupes de besoin ; nous travaillons en groupes hétérogènes (avec rotation ou non) ; nous travaillons en parallèle sur la même notion ou pas du tout... bref, tout est possible et cela fait en partie la richesse du poste.
- Je ne suis pas une assistante de la-le collègue avec qui j'interviens : les séances sont pensées en amont, ensemble, et je garde toutes mes compétences d'enseignante.
- Spécificité de ma circonscription : une plage par semaine a minima est consacrée à l'observation d'autres collègues ; j'ai appelé ça sur mon école "échanges de pratiques". Soit un collègue est intéressé par ce qui se fait ailleurs (même hors de l'école !) et pendant son observation je prends sa classe, soit c'est moi qui vais observer. Ce dispositif s'est littérallement arraché dans mon école et cela a permis aux collègues d'avancer plus vite dans leurs questionnements professionnels (et cela a rassuré également les neo-titulaires).
- Le maître surnuméraire, ne nécessitant pas d'être remplacé, est souvent envoyé en formation et a un rôle de "passeur" auprès de l'équipe. Je trouve cette part du métier très riche, j'ai fait pas mal de formations et franchement, très peu ont été inintéressantes.
- Mon poste demande une grande adaptabilité (passer en 2 secondes de CP à des CM2, c'est une gymastique intellectuelle intéressante), une capacité à se remettre en question, le sens du travail en équipe, un goût pour la communication et une sacrée organisation pour ne pas perdre de temps et être rapidement opérationnel.

A titre d'exemple, voici comment va se dérouler ma matinée de jeudi :
- de 8h30 à 9h, j'ai un petit groupe de besoin en fluence (lire sans accrocs) avec les élèves de CE2 ayant le plus besoin de soutien et de stratégies claires. Pendant ce temps-là, ma collègue travaille cette compétence par le biais de petits jeux style virelangues.
- de 9h à 9h30, je suis en CP avec les élèves ayant un peu de mal à décoller en lecture. J'ai repris les bases : on est passé de "rien du tout" à "je sais encoder des mots simples avec aide", voire même pour certains à "lire des petites phrases en autonomie". Le reste de la classe avance sur la méthode choisie par ma collègue.
- de 9h30 à 10h, je file en CE1 pour une séance de copie explicite. On s'entraîne, on met en avant des stratégies. La collègue est là pour aider ponctuellement les élèves, les recadrer...
- de 10h à 10h15 je suis de service de cour :) . Si je n'ai pas eu le temps avant, j'en profite pour partager avec la collègue de CP sur l'avancement de la lecture, sur les résultats en fluence avec la maîtresse des CE2...
- de 10h15 à 11h25, je prends 4 groupes de CM1 en roulement, sur 2 activités différentes. Ma collègue en prévoit également 2, sur la même notion (en ce moment, c'est les fractions). Cela permet de découvrir la notion en petit groupe, voir très vite qui est perdu / qui peut avancer. Les activités sont plus ludiques, on manipule beaucoup, on fait des petits jeux autonomes...
- J'essaie de débriefer à chaud avec ma collègue. Une fois les élèves partis, on envisage la suite des ateliers, en fonction du niveau de compétence des élèves.
- de 11h40 à 12h, je fais de l'administratif : organisation de l'observation du lundi suivant, information à faire passer ("les CP ont une sortie mercredi prochain, qui a besoin de ma présence ?"), ou je prends plus de temps pour paufiner une séance avec le ou la collègue concerné-e.

Je me permets ce petit détail pour montrer que NON, ce poste n'est pas une planque, qu'on travaille aussi dur que n'importe quel autre professeur des écoles si on a un minimum de conscience professionnelle.

J'ai jamais caché le fait que j'adorais mon poste. Mais au-delà de mon petit confort personnel, ce dispositif est un vrai plus pour toute l'équipe enseignante, et bien sûr, pour les élèves. Le côté "transversalité" du maître surnuméraire permet de créer une réelle dynamique, de faire des liens, d'avoir une vision globale de la vie de l'école.
Or des inquiétudes planent sur notre avenir. M. Macron souhaite positionner les maîtres surnuméraires sur les fameuses classes de CP à petits effectifs dès la rentrée 2016. En nous maintenant sur une classe, nous ne pourrons plus assurer les échanges de pratiques, ni coordonner les actions au sein des établissements, ni bénficier des formations, ni accompagner les collègues dans leurs innovations pédagogiques. Cela serait, à mon sens, une grande perte.
Si vous le pensez aussi, je vous invite à signer la pétition ici. Bien sûr, vous n'êtes libres de ne pas adhérer à mon propos. J'espère qu'au moins vous en aurez appris plus sur le rôle des PDMQDC !

Retour à un article plus "habituel" ce week-end...

4 commentaires:

  1. Signé. Merci pour cette explication claire et complète. J'étais bibliothecaire dans 2 écoles , maternelle et élémentaire , et ton emploi du temps ressemble beaucoup au mien. Changer de niveau, se déplacer de classe en classe, c'est assez fatiguant. Je ne pense pas du tout que ce poste est une planque.

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    1. Merci pour ton soutien, et je suis ravie que notre quotidien te soit plus clair. Au plaisir !

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